- Xavier Thuizat (MOF, Meilleur Sommelier de France) considère le Clos Sainte Hune de Trimbach comme le plus grand Riesling au monde
- Ce Riesling vient d'une parcelle de 1,67 hectare dans le Grand Cru Rosacker à Hunawihr, propriété de la famille Trimbach depuis plus de 200 ans
- Budget réaliste : 310 à 900 euros selon le millésime. C'est un vin rare
- Thuizat recommande aussi des Rieslings allemands accessibles à 20 euros pour découvrir le cépage
Quand le meilleur sommelier de France choisit un Riesling
Xavier Thuizat est né aux Hospices de Beaune en 1985. Un Bourguignon pur jus. Formé à l'école hôtelière de Tain-l'Hermitage, passé par Bernard Loiseau, Le Meurice, Pierre Gagnaire, le Peninsula Paris. Chef sommelier de l'Hôtel de Crillon depuis 2017, où il a reconstitué une cave de 40 000 bouteilles.
Meilleur Sommelier de France 2022. Meilleur Ouvrier de France 2023. Prix Michelin de la Sommellerie 2024. Depuis 2025, il sélectionne aussi les vins d'Air France. C'est l'un des palais les plus respectés de sa génération.
Quand on lui demande de citer trois vins d'exception, Thuizat ne commence pas par un Bourgogne, un Bordeaux ou un Champagne. Il commence par un Riesling d'Alsace. Le Clos Sainte Hune de Trimbach. Il le qualifie comme le plus grand Riesling qu'il ait jamais goûté.
Venant d'un sommelier bourguignon, formé dans le Rhône, qui gère la cave d'un palace parisien, ça dit quelque chose. Le Riesling n'est pas un cépage de second plan. Et le Clos Sainte Hune n'est pas un vin comme les autres.
Le Clos Sainte Hune, 1,67 hectare dans le Grand Cru Rosacker
Le Clos Sainte Hune se trouve dans le Grand Cru Rosacker, à Hunawihr, entre Riquewihr et Ribeauvillé. 1,67 hectare. La famille Trimbach en est propriétaire depuis plus de 200 ans. C'est une parcelle close, exposée plein Est, sur un sol de calcaire coquillier du Muschelkalk.
Thuizat fait la comparaison avec la Romanée-Conti. Pas pour le prix (quoique). Pour la taille et l'exposition. Deux micro-parcelles, deux expressions de terroir uniques au monde. L'une en Pinot Noir, l'autre en Riesling.
Ce qui rend le Clos Sainte Hune particulier, c'est que Trimbach ne le commercialise pas sous le nom du Grand Cru. L'étiquette dit "Alsace" tout court. La famille refuse la classification Grand Cru depuis des décennies. Elle considère que le nom Clos Sainte Hune suffit. C'est un choix radical qui en dit long sur la confiance qu'elle place dans cette parcelle.
La production est minuscule. Quelques milliers de bouteilles par an. Le vin n'est pas mis en vente avant 4 à 5 ans d'élevage. C'est du temps qui ne se négocie pas.
Ce que Thuizat goûte dans ce vin
Thuizat raconte avoir découvert le Clos Sainte Hune pour la première fois au domaine à Ribeauvillé. Puis de nouveau chez Bernard Loiseau, avec le millésime 1985, son année de naissance. Un vin de presque 40 ans à ce moment-là.
Ce qu'il y trouve : de la verveine, un végétal très fin, de la cire d'abeille, une minéralité profonde avec des notes safranées. Il parle d'une vibration unique. Le mot revient : vibration. Pas puissance, pas complexité. Vibration.
Thuizat recommande de carafer le Clos Sainte Hune une heure avant de le boire. Oui, carafer un blanc. C'est inhabituel. Mais ce vin a une densité et une profondeur qui demandent de l'air pour se déployer. Il le sert sur un carpaccio de langoustines, huile d'olive parfumée à la verveine, quelques pointes de caviar. L'accord est calibré au millimètre.
J'ai goûté un Clos Sainte Hune 2017 chez un ami caviste à Strasbourg. La bouteille était ouverte depuis 45 minutes. Le nez était discret au début, presque fermé. Puis d'un coup, tout s'est ouvert. Citron confit, pierre à fusil, une longueur qui ne s'arrêtait pas. Le genre de vin qui te fait poser le verre et réfléchir avant de reprendre une gorgée.
310 à 900 euros, pour qui, pour quand
Soyons clairs : le Clos Sainte Hune n'est pas un vin du quotidien. Le millésime 2020 se vend entre 330 et 410 euros selon les cavistes. Le 2018 tourne autour de 310 euros. Les millésimes plus anciens dépassent les 500 euros, parfois 800 pour les grandes années.
C'est le prix d'un très bon Bourgogne Premier Cru. Ou d'un Champagne de prestige. La différence, c'est que le Clos Sainte Hune vieillit 20, 30, 40 ans sans problème. C'est un vin de garde qui se bonifie avec le temps. L'investissement se justifie si tu sais attendre.
| Millésime | Prix moyen | À boire |
|---|---|---|
| 2020 | 330-410€ | 2028-2050 |
| 2018 | 310-350€ | 2026-2045 |
| 2017 | 350-450€ | 2025-2040 |
| Millésimes anciens (2010, 2007) | 500-900€ | Maintenant ou garde longue |
Si tu veux goûter le style Trimbach sans ce budget, le Riesling Frédéric Émile du même domaine est une porte d'entrée. C'est aussi un vin de terroir, issu des Grands Crus Geisberg et Osterberg, élevé longtemps. Budget 40-60 euros. C'est pas le Clos Sainte Hune, mais c'est déjà Trimbach à son meilleur niveau accessible.
Découvrir le Riesling sans se ruiner
Thuizat ne recommande pas que des vins à 400 euros. Dans une interview pour le Guide Michelin, il cite aussi le Riesling Mosel Trocken de Fritz Haag, un domaine allemand. 11 degrés d'alcool, citronné, mentholé. Autour de 20 euros. Et le Brauneberger Juffer Kabinett du même producteur, qui titre à 8 degrés et se trouve à 20 euros aussi. Des Rieslings fins, précis, avec une fraîcheur que peu de vins blancs atteignent à ce prix.
En Alsace, tu peux aussi goûter des Rieslings de terroir chez d'autres domaines présents sur la route des vins. Le Domaine Zind-Humbrecht à Turckheim fait des Riesling Grand Cru Rangen et Brand en biodynamie. Le Domaine Weinbach au Clos des Capucins à Kaysersberg produit des Riesling Schlossberg d'une pureté remarquable. Budget 25-50 euros pour ces domaines. C'est sérieux, c'est du terroir, et c'est accessible.
Le Riesling est un cépage qui ne triche pas. Il montre tout : le sol, le millésime, la main du vigneron. C'est pour ça qu'un sommelier comme Thuizat le place au sommet. Pas pour le prestige. Pour la vérité.